Aurélien Recoing

Aurélien Recoing, photo © N MazéasAurélien Recoing, photo © N Mazéas

En préparation
> CROMWELL, de Victor Hugo (intégrale)
avec AURÉLIEN RECOING dans le rôle de Cromwell, Philippe Girard, Dominique Valadié… (distribution en cours)
> PHÈDRE, de Yannis Ritsos, avec Marie-Sophie Ferdane
> L’ÉCHANGE, de Paul Claudel (première version), en français et en anglais (américain)
> MOBY DICK, d’après Herman Melville, avec Aurélien Recoing (récitant), Vinciane Béranger (altiste) et Philippe Foch (percussionniste). Disponible en tournée dès l’automne 2017

« Moby Dick »


MOBY DICK
Teasers de répétition 1 et 2
Aurélien Recoing, récitant
Vinciane Béranger, Philippe Foch, musiciens
Spectacle disponible en tournée 2017/18/19
Réalisation Irina Solano et Vincent Di Rosa
Remerciements à la Scène Thélème pour le tournage

Moby Dick, une traversée

Le souffle de la baleine
Entretien avec Aurélien Recoing

Nadine Eghels : Comment est venue cette envie de vous emparer d’un roman-culte comme Moby Dick pour en faire un spectacle ?

Aurélien Recoing : Il s’agit d’une envie de retraversée de l’oeuvre. Moby Dick est un livre qu’on aborde jeune, comme un passionnant roman d’aventures, certes complexe, mais qui peut se lire comme une suite de péripéties. Lorsqu’on reprend le roman à un âge plus avancé de la vie, il se révèle dans toutes ses dimensions : épique, philosophique, biblique, et c’est vertigineux. On y trouve une langue somptueuse, l’âme d’un territoire, d’une époque, d’une culture. L’idée d’une mise en scène m’a doublement enthousiasmé, à cause de l’œuvre de Melville mais aussi de la superbe traduction qu’en a donnée Giono. La forme du récit est très élaborée, avec de multiples clés, et pour moi elle renvoie à une sorte de livre de bord, comme un feuilleton de notre propre vie posé sur la table des océans. La langue, à la fois littéraire et parlée, porte une grande théâtralité, avec des moments de profération et des échanges plus quotidiens, des accents symboliques, des références bibliques, des notations encyclopédiques, mais surtout elle est traversée par un incroyable souffle épique.

N.E. : C’est ce souffle qui a parlé à l’acteur en vous ?

A.R. : Oui bien sûr, c’est le souffle de la baleine, qui donne envie d’incarner cette parole, et appelle le jeu. On s’identifie au narrateur, mais ce n’est qu’à la fin qu’on comprend que, seul rescapé de l’aventure, il est là pour nous la raconter.

N.E. : Ishmaël nous raconte ce qu’il a vécu. Comment trouver une forme théâtrale pour transmettre ce récit, sans toutefois le jouer ?

A.R. : Il s’agit en effet d’être, sur le plateau, ce personnage qui raconte, sans jouer le contenu du récit mais en incarnant sa parole. C’est elle qui transmet toutes les émotions physiques sans qu’il soit nécessaire de les représenter. À travers elle l’acteur incarne finalement tous les personnages, à travers une série de métamorphoses successives. Une incarnation allusive (pas besoin de harpon sur le plateau !) mais qui est vécue intérieurement par l’acteur.

N.E. : Comment ce roman complexe et touffu écrit à la fin du XIXème siècle peut-il toucher le public aujourd’hui, abreuvé d’images et de séries prêtes à consommer ?

A.R. : Ce roman est une quête : la chasse à la baleine, à la vie à la mort, porte une dimension métaphorique. Il s’agit du sens à donner à sa vie. Après quoi courons-nous, à quels sacrifices pourrions-nous consentir, quelles valeurs nous guident ? Si ces questions ne datent pas d’hier, elles sont toujours actuelles, peut-être même davantage encore de nos jours ! Quand on replonge dans le roman à l’âge mûr, on pense forcément à sa jeunesse, à l’exigence d’absolu qui nous animait, à la découverte de soi-même quitte à s’y perdre, aux premiers désirs et aux choix qu’on a faits. Melville propose un modèle (Achab, animé par la vengeance) mais en même temps induit le questionnement et la critique. Au-delà du voyage, cette réflexion nous est forcément utile aujourd’hui.

N.E. : Quelle sera la dimension musicale du spectacle ?

A.R. : Nous formons un trio avec Philippe Foch (percussionniste) et Vincianne Béranger (altiste). Je considère que le rythme de la voix, son timbre, sa puissance et ses faiblesses s’inscriront dans cette improvisation épique. Tour à tour, le chant des instruments s’emmêlera, se mariera en une multitude de voix pour raconter « in vivo » l’histoire de Moby Dick. Du point de vue de l’espace, le champ des percussions sera au centre de tout et nous évoluerons avec Vincianne Béranger comme la terre autour du soleil. Tour à tour, les percussions de Philippe Foch seront le bateau, la mer, la lutte des marins avec les éléments, tandis que l’alto sera la présence de la femme absente, restée sur le rivage, le vent, les voiles, le chant de la baleine, les profondeurs sous-marines. Ma voix sera à la fois percussion, cordes, chant, narration du dernier moment, l’incarnation humaine, mais bouleversée par tous ces fragments de vie rencontrés.